La guerre, sexe de l’histoire…

Auteur: Par Jorge Angel LIVRAGA

libéré 25-10-2021

Guerre... l'éternel défi de l'humanité !

Tant qu’existeront la vie et la mort, existera la guerre.
Le sexe est le moyen qu’a inventé la Nature, au niveau individuel, pour renouveler les véhicules charnels qu’emprunte l’Être dans sa marche vers sa propre Conscience. De même, la guerre est le moyen qu’elle a mis en place pour que s’entre-fécondent et se régénèrent les peuples. À l’échelle de l’univers, il n’y a pas de différence entre le massacre de millions de bactéries au moyen d’une dose d’antibiotiques et celui de milliers de gens du fait de la guerre.
Seul pourra mettre un terme à la guerre l’avènement de l’Individu, au sens où l’emploie Platon, c’est-à-dire de l’élément divin et immortel qui habite chaque être humain.

Dans ces temps où les utopies de la Modernité s’effondrent sous le choc des premiers blocs de glace de l’Êre du Verseau et où resurgissent des sentiments et des instincts qui débordent largement la rationalité, la question que cela pose suggère une hypothèse de réflexion tout à fait intéressante, même si nous sommes obligés de la limiter aux quelques pages d’un article de presse.
Si nous considérons l’Histoire, à la façon de nos contemporains, comme « la partie suffisamment connue du passé humain », nous constatons la présence de trois élements essentiels pour l’homme, depuis l’aube de sa vie en société : la présence de Dieu ; l’instinct de conservation et l’instinct de procréation.

Il n’a existé ni n’existe aucune culture ou civilisation qui n’ait perçu à sa manière la présence de Dieu et qui ne l’ait concrétisé à travers une approche religieuse, avec ses croyances, ses symboles, ses autels, ses cérémonies, ses conceptions, ses communions et ses initiations. Peu importe les noms donnés cette Présence de Dieu ou ceux – évidemment humains – qu’on a ajoutés à cette Pure Présence pour justifier bien des injustices et l’exploitation des peuples. Peuples qui, confrontés aux pressions et conflits, ont progressivement pris conscience d’eux-mêmes et ont projeté sur l’Archétype transcendant leurs besoins, leurs craintes et leurs espoirs. De là vient que, ce que nous appelons les « Livres sacrés » de tous les temps contiennent des merveilles mais aussi des récits absurdes et même de véritables sottises.

Nous pouvons également constater la présence de l’instinct de conservation à travers tous les cycles de l’histoire. En témoignent la pierre transformée en lame tranchante jusqu’aux armes atomiques. Tout être humain, de façon individuelle ou collective, cherche à défendre sa vie et celle des êtres qui lui sont chers. Ou bien la vie des valeurs qui animent sa communauté, ce qui revient au même.

De la même façon, toute forme de société humaine reflète l’instinct de procréation en perpétuant sa descendance. Selon les anciens Mystères, tels que les a formulés le philosophe Platon pour le monde Occidental, le désir sexuel serait promu par des formes de « pensée-désir » des morts qui cherchent à se réincarner. Le plaisir charnel serait donc un appât que nous tendrait la Mère Nature pour que de génération en génération, les jeunes de deux sexes se jettent vers de formes de cohabitation sexuelle, qui engendrent d’autres modes de cohabitation, tels que famille, cellule indispensable à toute forme sociale stable.

Et sur un plan plus métaphysique, ne pouvons-nous pas considérer que l’amour répond à la nécessité qu’ont de se compléter des âmes douées d’affinités, selon les enseignements du temple de Delphes ? Et cette complémentarité, même à des hauteur spirituelles considérables, est-elle stérile ou féconde ? Évidemment féconde, car c’est dans la chaleur et la lumière de l’amour qui ont été engendrées les plus belles œuvres humaines.

Dans l’interaction et la combinaison de la présence de Dieu, de l’instinct de conservation et de l’instinct de procréation, se sont tissées toutes les trames de l’Histoire. Les théoriciens et idéalistes « de bureau » séparent d’habitude ces concepts en leur déniant force, inertie et poids. Pour beaucoup d’entre eux, le sexe est un péché, la religion une mystification destinée à consoler les simples d’esprit et la guerre une aberration inutile et artificielle.

Mais, dans la Nature, ces Puissances existent bel et bien. Tous les êtres et les choses (mais cette division est-elle valable encore ?) avancent et se perfectionnent par des voies différentes, vers un but que nous pourrions rapprocher du Théos des Grecs anciens. C’est la Cause et la Raison finale de tout ce mouvement, de cette activité frénétique qui anime les atomes et les galaxies, de cette soif de perfectionnement, de cette quête constante, de la perception – pour ainsi dire – d’un Commencement et d’une Fin situées au-delà de tous les commencements et de toutes les fins, enchaînés à la Roue qui tourne sans fin, conduisant les Chars, d’un lieu vers un autre et d’une époque vers une autre.

D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Nous ne le savons pas… mais nous marchons et nous marchons le plus vite possible, car nous SAVONS que notre destin nous attend, et une anxiété instinctive et profondément spirituelle à la fois nous pousse vers le futur, qui est le nom que nous donnons à un présent imparfait et déséquilibré donc mobile.
Cette mystérieuse Impulsion arrache des poignées de l’argile que constitue la matière-énergie pour leur donner forme et se servir d’elles pour une progression meilleure et plus efficace. Et la fièvre de l’action pénètre ces créatures qui se bousculent les unes les autres, créant à leur tour d’autres créatures qui remplacent celles qui s’usent sur le chemin. Et les Étincelles habitent les formes nouvelles et les objets de glaise deviennent peu à peu de lampes qui laissent passer la lumière intérieure.

La somme immense de cet effort est constamment défendue. Ce que nous nommons « vie » et « mort » ne sont que les facettes d’une Transcendance qui les dépasse et les justifie. La perception consciente, subconsciente ou même « inconsciente, » de cette justification de la Transcendance brise les schémas et les structures vieillis au bénéfice de nouveaux, dans lesquels se réincarnent, perfectionnés, les espoirs-certitudes de la Transcendance. L’Être devient Existence pour retourner à la Conscience transcendante de l’Être. Le renouvellement des formes est le véhicule de la nécessité de Transcendance.
L’Histoire a besoin et inclut implicitement dans ses écosystèmes la nécessité de ce renouvellement constant, de cette purification de laquelle il est impossible en aucune façon de se passer. Le fait que les changements soient pacifiques ou violents dépend des acteurs de l’histoire et indique non pas des contradictions mais différents niveaux d’intensité d’une même essence.

Lorsque les sages de l’Antiquité nous conseillaient « si tu veux la paix, prépare la guerre », ils nous signalaient le rythme du pendule existentiel qui nous gouverne et marque les pas de l’Être vers sa propre transcendance.

Face à cette nécessité constante de renouvellement et de revitalisation de l’humanité, dont le parcours existentiel se nomme « Histoire », nous considérons comme hypothèse de travail que la guerre est comme une sorte de « sexe de l’histoire », c’est-à-dire, l’appareil qui met en contact les peuples pour leur régénération. Il est mû par la passion et la quête de son propre plaisir; mais cet égoïsme est encore indispensable à l’être humain qui a toujours besoin de nourriture, d’abris, d’outils, de chaleur, de reconnaissance et qui pressent la nécessité de se perpétuer dans des formes historiques nouvelles.
Ceci n’est pas une justification de la guerre. Elle n’en a pas besoin. Elle existera tant qu’existera la soif de vie et de mort matérielles, comme chez les individus existera le sexe.

Le Sentier n’est pas la maquette d’un monde pacifique illusoire mais la réalité des structures existantes avec leurs caractéristiques. Tant que, d’une manière ou d’une autre, il y aura des affrontements au sein d’une même famille, tant que ses membres se lanceront des insultes, des assiettes ou des chaises sur la tête pour des banalités, il y aura la guerre entre les peuples. Car les peuples, dans leur ensemble, reflètent le comportement des humains qui les composent.

Il est regrettable de constater que la pensée contemporaine a oublié que l’on ne peut faire un mur de pierre avec des briques en terre. Si nous voulons des murs de marbre finement poli, nous devons disposer d’un nombre suffisant de blocs de marbre poli.

On n’épargne pas les cruautés de la guerre par des accords internationaux ou en nommant aujourd’hui « camps d’internement » ce qui, pendant la deuxième guerre mondiale, était des « camps de concentration ». Pour empêcher la guerre, il faudrait une transformation profonde, une transformation qui atteigne non seulement l’Existence mais aussi l’Être… et alors ce qui arrive aujourd’hui ne se produirait pas.

La lutte, guerrière ou amoureuse, est simplement un exercice qui libère de l’énergie pour concevoir, pour mettre en marche la mécanique et la chimie des renouvellements vitaux. Tout le reste fait partie de ce que D. Steinberg Guzman appelle les Jeux de Maya »(1), c’est-à-dire, d’innombrables relations illusoires qui nous sont encore nécessaires pour perpétuer une existence qui nous permette de nous rapprocher de la réalité, de continuer notre marche vers elle.

Au regard de la Réalité transcendante, le médecin qui injecte une dose d’antibiotiques qui tuent des millions de bactéries, n’est pas très différent du général qui envoie une dose d’artillerie qui tue des milliers d’hommes. C’est le prix de notre ignorance qui fait que nous tuons pour vivre. Quand nous modelons les métaux pour construire des ponts, du point de vue de l’Éthique transcendante, c’est la même chose que lorsque nous donnons des lois aux peuples, pour que passent sur eux les grandes Idées, favorables à tous et qui justifient l’existence de chacun en le mettant en contact avec son Être-Destin.
Les jeunes qui vont à la guerre et y meurent nous inspirent grande horreur et grande peine, mais également ceux qui vont vers la drogue, la prostitution, ceux qui travaillent pour de l’argent et qui marchent vers la mort elle-même à la fin de leurs jours, parmi les angoisses propres à la maladie et à la mort.

Faisons attention à ne pas tomber dans le piège qui consiste à survaloriser les choses en fonction de leurs dimension et non pas de leur nature. Aussi longtemps que nous ne parviendrons pas à éradiquer l’assassin qui tue un être humain à coups de couteau pour quelques billets de banque, nous ne pourrons pas empêcher qu’un pays matériellement puissant en détruise un autre plus petit pour lui arracher son pétrole ou toute autre forme de richesse…

Si nous considérons licite de se droguer, de s’intoxiquer ou de s’adonner aux passions, nous ne pourrons éviter que les hommes dans leur ensemble ne le fassent aussi.

Sans Individus, dans le sens où l’entend Platon, il peut y avoir des sociétés mais non pas un État de Droit. Et cet Individu n’est pas ce que nous dévoile la psychologie mais l’Étre indivisible ou immortel.
Nous en sommes évidemment très loin encore, mais nous devons travailler inlassablement pour qu’un jour cela devienne réalité. Mais avec objectivité et sans utopies.

Pour les humains, le sexe est encore nécessaire … et la guerre aussi.

Quand nous parviendrons à un niveau de Conscience supérieur, la seule volonté engendrera de nouveaux véhicules charnels pour les individus et de nouvelles structures et de nouveaux étendards pour les collectivités. Ni mensonges ni excuses ne seront nécessaires pour le faire. Tout sera Juste, Bon et Beau.

(1) Délia STEINBERG GUZMAN, Los juegos de Maya, Éditions Nouvelle Acropole Espagne

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